Kaya-chan>>>mdr "enfin", ça ne fait que quelques jours, ne ?
merci ^^
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Chapitre un :
Marc tourna la clé dans la serrure, poussa lentement la porte, entra dans l’appartement et referma derrière lui. Le jeune homme poussa un léger soupir, enleva ses chaussures, suspendit son manteau noir aux épaules maintenant couvertes d’une fine pellicule blanche au crochet du portemanteau, reprit son sac et remonta le couloir en direction de sa chambre.
« - Tu as remis le verrou, mon chou ? »
Marc s’arrêta, se dit que, quand même, il avait dix-sept ans maintenant et que ce ne serait pas mal que sa mère arrête de l’appeler
mon chou, et poussa le verrou – habitude sécuritaire à laquelle sa mère semblait énormément tenir.
« - Tu as passé une bonne journée ? demanda ladite mère.
- Comme d’habitude. »
Le visage de sa mère s’assombrit légèrement.
« - Tu as… euh… »
Marc baissa la tête. Sa mère ne savait jamais comment aborder ce sujet avec lui. C’était simple pourtant, il suffisait d’une phrase, une seule, telle que,
tu n’as visité les rêves de personne aujourd’hui, mon chou ?, mais ça, elle ne le demandait jamais, non.
« - Je n’ai rien fait, souffla Marc. »
Pas un rêve, pas un seul, qu’il n’ait visité aujourd’hui. C’était devenu un automatisme, il n’y prenait même plus garde, il suffisait que l’un de ses voisins de classe se mette à rêvasser pour que Marc soit irrésistiblement attiré comme un insecte par une flamme.
Mais sa mère ne l’acceptait pas, ne l’avait jamais accepté, alors Marc avait pris l’habitude de lui mentir. C’était simple, il suffisait de ne pas y penser.
« - Je vais dans ma chambre, dit-il. »
Il tourna délibérément le dos à sa mère et lui passa devant sans un regard, sans un mot.
Laissant derrière lui dix-sept ans de non-dits.
Marie s’arrêta un moment et regarda autour d’elle. Si elle se rappelait bien, c’était à droite… Se retrouver devant l’immeuble familier de son cousin la rassura. Elle ne venait pas souvent à Paris et avait eu peur de se perdre. Et elle aurait eu l’air maligne, seule dans une grande ville comme ça, alors qu’elle n’était même pas majeure, non, d’ailleurs à quatorze ans, elle en était encore assez loin.
Elle poussa la lourde grille de l’immeuble et sonna à l’interphone, une fois, une seule : la réponse vint après quelques secondes, et la mère de Marc lui ouvrit aussitôt.
Dans l’ascenseur, Marie réfléchit à ce qu’elle allait lui dire. Elle pouvait difficilement expliquer à la mère de son cousin la véritable raison de sa visite. Non seulement elle ne comprendrait pas, mais ça risquait en plus de la rendre méfiante. Or elle l’était déjà bien assez.
Les portes coulissèrent, et Marie sortit de l’ascenseur avec un soupir. Bon, elle improviserait.
« - Marc est dans sa chambre. »
Marc releva la tête, surpris. Il avait entendu l’interphone sonner, la porte s’ouvrir, bien sûr, mais il n’attendait personne et ne voyait vraiment pas qui pouvait venir le voir…
La porte de sa chambre s’ouvrit à la volée et il reçut une tornade brune aux grands yeux beiges dans les bras.
« - Maaarc ! cria la tornade. »
Ledit Marc était retombé en arrière sous le choc et ne put s’empêcher de se dire qu’il devait avoir l’air malin, assis sur le sol avec sa minuscule cousine dans les bras.
« - Marie ? Tu pourrais te relever, s’il te plait ? »
Marie laissa échapper un léger rire, se releva d’un bond, s’écarta de lui et en profita pour refermer la porte de sa chambre. Marc en conclut qu’elle ne voulait pas que n’importe qui, c’est à dire sa mère, par exemple, entende ce qui allait suivre.
« - Qu’est-ce que tu fais là ? souffla-t-il.
- Je viens te voir, bien sûr ! dit-elle à voix haute ! »
Puis elle se pencha vers lui pour lui murmurer à l’oreille qu’elle avait reçu une lettre d’Etoile, que la jeune fille avait trouvé quelque chose d’intéressant sur eux, et qu’elle avait demandé à ce qu’ils rassemblent tous.
« - Tous, c’est nous, et d’autres personnes qui viennent de loin, précisa la jeune fille. Mais je ne sais pas comment Etoile à fait pour apprendre ça.
- Et on se rassemble tous… ici, à Paris ? souffla Marc
- Oui.
- Où ?
- Etoile a dit qu’elle appellerait.
- Je ne sais pas pourquoi, ça ne me rassure pas du tout, souffla Marc.
- Parce que tu connais Etoile, supposa Marie. »
Marc sourit et ébouriffa les cheveux de sa cousine. Il ne l’avait pas vu depuis des mois et elle lui avait manqué, Marie, la seule personne de sa famille qui le comprenait…
… la seule à savoir ce que c’était d’avoir un pouvoir qui vous dépassait.
Ils avaient installé un lit de camp dans la chambre de Marc. La mère du jeune homme avait faiblement protesté, disant que, tout de même, ils avaient passé l’âge de dormir ensemble, mais au fond, elle préférait ça – que les deux
monstres de la famille restent ensemble.
Marc et Marie avaient parlé jusque tard dans la nuit, puis le jeune homme s’était doucement endormi. Marie s’était levée pour éteindre la lumière, puis s’était enfouie sous les couvertures.
Et elle n’arrivait pas à s’endormir, parce qu’elle sentait la présence de Marc à côté d’elle, très fort, et en temps normal ça ne la troublait pas, mais là, il y avait quelque chose d’étrange.
Bien qu’elle y soit habituée depuis longtemps, il lui fallut un moment pour comprendre le signal que son esprit lui envoyait.
Un moment pour comprendre que Marc, qui avait toujours été là quand elle avait besoin de parler, qui l’avait protégé pendant toutes ces années, avait peur.
Peur de ce qu’ils étaient et de ce qu’ils allaient découvrir.
*
**
Ange sortit de la douche et s’enveloppa dans un peignoir épais, doux, chaud, confortable. La jeune fille sourit et tendit la main vers son sèche-cheveux.
Puis elle coiffa lentement ses longues mèches blondes, leur donnant un semblant d’ordre avant de quitter la salle de bains. Toujours dans son peignoir, elle se laissa tomber dans un fauteuil et soupira.
Dure journée. Deux garçons de sa classe s’étaient battus. L’un avait été envoyé chez le proviseurs, l’autre à l’infirmerie. Et elle, elle s’était retrouvé là au mauvais moment et avait eu une soudaine envie de tout casser.
Elle détestait ça.
Et c’était la même chose à chaque fois qu’elle se trouvait face à des émotions trop fortes. C’était vraiment pénible. Il suffisait que son voisin de classe panique à l’idée d’être interrogé pour qu’elle se retrouve dans le même état que lui…
Bon, peu importe. Elle était rentrée, et ici, elle était à peu près tranquille. Surtout depuis que Maxence avait emménagé ailleurs. Parce que du coup, elle avait sa propre chambre et ne risquait plus d’être réveillée à tout moment par Aurore qui rentrait souvent très tard.
Plongée dans ses pensées, la jeune fille entendit soudain la sonnerie du téléphone
s’arrêter. Ange se leva et étouffa un juron. Elle
détestait manquer un appel.
Elle étendit le bras au maximum, attrapa le combiné et composa le 3131. Elle s’apprêtait à noter le numéro, mais s’aperçut avec un froncement de sourcil qu’elle le connaissait déjà.
Etoile venait de l’appeler…
Ça, c’était inhabituel…
Ange composa le numéro de sa cousine. C’était bizarre… Qu’est-ce qui pouvait bien être urgent au point de ne pas pouvoir attendre le lendemain ?
On décrocha après quelques sonneries.
« -
Allo ? répondit une voix ensommeillée.
- Bonsoir, dit Ange, reconnaissant la mère de son amie. Pourrais-je parler à Etoile, s’il vous plait ? »
Son interlocutrice acquiesça et lui demanda de patienter un peu. Ange patienta donc, tapotant légèrement des doigts sur l’accoudoir de son fauteuil, en rythme…
La voix d’Etoile s’éleva enfin à l’autre bout du fil.
« - Etoile…
-
Ange, c’est toi ?- Oui… Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi est-ce que tu m’appelles ?
-
Hein ? Mais… Ange, c’est toi qui m’appelles, là.- Mais non !
-
Ben si.- Non, je voulais dire… »
Ange inspira. Quand Etoile était comme ça, il était inutile d’insister. Il fallait y aller doucement, très doucement.
« - Tout à l’heure. Tu m’as appelée.
- …
- Tu ne te souviens pas ?
-
Tu n’as pas répondu, reprocha Etoile.
- Désolé. Je n’ai pas entendu. Enfin si, mais trop tard, je… »
La jeune fille s’interrompit. Le moment lui semblait assez mal choisi pour expliquer à Etoile le coup du téléphone qu’on n’entendait que quand il arrêtait de sonner.
« - Peu importe, reprit-elle. C’était important ?
-
Oh non, non. Je voulais juste te prévenir : j’ai pu contacter d’autres… d’autres personnes comme nous. Elles arrivent après demain. »
Ange cilla. Là, Etoile y allait tout de même un peu fort.
« -
Oh, oui, je voulais aussi te demander si tu pouvais en héberger un chez toi. - Etoile… tu as invité quelqu’un ici sans savoir si tu pourrais la loger ?
-
Ben non. J’étais pressé, expliqua Etoile.
Je me suis dit qu’on se débrouillerait. Alors, tu peux ? »
L’espace d’une seconde, Ange s’imagina demander à ses parents s’ils pouvaient héberger quelqu’un qu’elle ne connaissait pas du tout.
« - Non, répondit-elle. Comment est-ce que tu les as « trouvés » ?
-
Pas de chance. Ludovic peut en prendre deux. Peut-être que je devrais aussi demander à Maxence ? Et Julien, peut-être, non ?- Pourquoi pas. Mais Julien vit encore chez ses parents, au cas où tu l’aurais oublié. Comment est-ce que tu les as « trouvés » ?
-
Hm.- Etoile ?
-
Quoi ?- Comment est-ce que tu les as « trouvés » ? demanda pour la troisième fois Ange.
-
Oh, je vous expliquerais ça demain. Pour l’instant, je dois finir de les caser. »
Ange soupira. C’était toujours la même chose, avec Etoile. Elle était très gentille, mais paraissait totalement dénuée de sens pratique.
« - Bonne chance, dit-elle.
-
Merci, répondit Etoile. »
Et elle raccrocha sans dire au revoir. Ange secoua la tête, raccrocha à son tour et se leva. Bon, restait à se mettre en pyjama et à dormir.
Inutile de penser à ça pour l’instant.
Qu’Etoile se débrouille avec ses problèmes…
*
**
Claude remonta lentement l’avenue qui menait jusque chez lui. Il était déjà tard, mais il s’en moquait bien. De toute façon, c’était lui qui avait insisté pour aller dans le même lycée que ses deux cousines…
… parce qu’elles étaient les seules avec qui il se sentait « en famille »…… parce qu’il les aimait beaucoup, et qu’il était heureux de pouvoir les voir tous les jours.
Et puis, l’avantage d’habiter loin du lycée, c’est que le trajet, à l’aller comme au retour, lui donnait l’occasion de penser, de rêver, de se calmer, surtout.
D’oublier tout ce qu’il avait ressenti là-bas en attendant ce qu’il ressentirait chez lui.
Deux jeunes, enfin, un peu plus vieux que lui quand même, mais il leur aurait donné moins de vingt ans, sûrement, croisèrent son chemin. L’un des deux s’arrêta et tira brièvement sur la manche de son ami, qui s’arrêta.
Du coin de l’œil, Claude les vit faire demi-tour pour le suivre. Le jeune homme leva les yeux au ciel.
Le désavantage d’habiter loin de son lycée, d’avoir une apparence assez ambiguë, il devait bien l’avouer, surtout que son manteau était un brin trop large, c’était qu’on se faisait plus facilement draguer.
Pas forcément par les personnes voulues.
« - Hé, tu… commença un des jeunes. »
Claude ferma les yeux, soupira et se retourna lentement. Il regarda un moment les deux jeunes.
« - Je pense que vous vous êtes trompé de cible, lâcha-t-il finalement. »
L’un des deux, sans doute celui qui avait parlé, parut sur le point de protester, mais son ami avait compris et, déjà, l’entraînait avec lui.
Ils étaient presque hors de portée d’oreilles lorsqu’il éclata de rire.
« - Je n’arrive pas à croire que tu l’as pris pour une
fille, s’exclama le jeune homme. »
L’autre haussa les épaules.
Claude secoua la tête et reprit son chemin. Pas la peine de perdre son temps avec ça.
Claude et son père dégustaient leur repas en silence. Il y avait toujours du silence entre eux, ou presque. Mais leurs conversations les plus développées ne dépassaient pas la demi-douzaine de phrases.
Ç’avait toujours été ainsi, aussi loin que remontait les souvenirs de Claude. Son père n’avait jamais été très à l’aise avec lui. Et il comprenait pourquoi, au fond.
Ou plutôt, il ne comprenait pas, justement.
Claude ne pourrait jamais comprendre son père. Et le contraire était aussi vrai. Ils étaient bien trop différents.
Et ils le savaient parfaitement.
« - Claude… »
Surpris, le jeune homme releva la tête. Si son père était déjà silencieux en temps normal, il parlait encore moins durant les repas – trop occupé à manger, selon Etoile.
« - … il faut que tu ailles voir ta mère. »
Claude ne put s’empêcher de tressaillir. Son père l’avait-il remarqué ? En tout cas, il poursuivit, imperturbable :
« - Elle se demande pourquoi tu n’y viens pas. Pourquoi, Claude ? C’est l’hôpital qui t’intimide ? Si c’est ça, nous pourrions y aller ensemble, tu sais. Mais elle aimerait vraiment que tu ailles la voir…
- Je sais… je… »
Claude déglutit péniblement.
« - J’irai demain, promit-il. »
Son père le regarda longtemps, sans un mot.
« - Tu as déjà dit ça la semaine dernière, fit-il finalement remarquer. Mais tu n’y es pas allé, n’est-ce-pas ?
- N-non, avoua Claude. »
Son père poussa un léger soupir, presque imperceptible.
« - Tu sais, je comprends très bien que la voir dans cet état te soit pénible. Mais tu lui manques vraiment et…
- Je sais, souffla le jeune homme. »
Il avait du mal à parler par dessus les larmes qui se formaient déjà dans sa gorge.
« - Si tu le sais, pourquoi est-ce que tu refuses de la voir ? Claude… tu n’aimes plus ta mère ? »
Il n’y avait pas une once d’accusation dans la voix de son père, mais Claude ne put s’empêcher de frissonner et dut se mordre les lèvres pour ne pas hurler.
Non. Non, ce n’était pas ça.
Sa mère, il l’adorait.
Mais l’hôpital… s’approcher seulement de cet endroit, c’était au-dessus de ses forces. Alors y entrer, non, il ne pouvait pas et ne pourrais jamais.
*
**
Etoile mordillait son stylo, penchée sur une liste de noms. Une mèche noire glissa lentement devant son visage, et elle la repoussa d’un geste agacé. Ce n’était vraiment pas le moment.
Trois personnes. Elle avait trouvé trois personnes qui, comme elle, comme ses deux cousins, comme son ami Marc, avaient des pouvoirs.
Et eux-mêmes en connaissaient d’autres.
Et en tout, six personnes débarqueraient dans deux jours, et elle devait leur trouver des endroits où loger gratuitement parce qu’elle le leur avait promis.
Etoile fit la moue et raya un nom. Elle n’avait pas vu que Ange était restée sur sa liste.
Et tout était à recommencer.
Bon, reprenons : Claude, il ne fallait pas y songer ; Ange avait dit non ; Marc hébergeait déjà sa cousine Marie ; restait elle, son cousin Ludovic, et Maxence, le grand frère d’Ange.
Mettons deux par personnes. Si Ludovic et Maxence lui avaient assuré qu’il n’y avait aucun problème, à condition, bien sûr, que ce ne soit provisoire.
Oui mais elle, elle ne pourrait jamais loger deux personnes chez elle. Ne serait-ce que parce que ses parents refuseraient.
Etoile gémit. Elle ne pourrait pas s’en sortir.
C’était ce qu’elle pensait ; puis elle reçut un mail qui lui sauva la vie.
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And who knows : starting a new journey may not be so hard or maybe it has already begun.
There are so many worlds, but they share the same sky – one sky, one destiny.
--Kingdom Hearts.