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 Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup

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Kestrel21
Tit axslnyzien


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MessageSujet: Kestrel21 - update: 29/09   Jeu 6 Juil - 12:33

ça, c'est un message vraiment plaisant!
Citation:
Et encore un OVNI by K21...
Citation:
c'est tellement decalé par rapport a tous les textes que je lis d'habitude

surtout que je ne reçois pas beaucoup de review mais qu'on me dise ainsi que c'est original, c'est vraiment trés motivant! surtout que je craignais un peu avec celui-là, je l'ai écrit d'une traite en trés peu de temps et plus je le relisais, plus il me paraissait nul et bizarre, aussi ça me fait un plaisir ineffable de voir que tu as aimé!^^
pour ce qui est du chantage, je ne comptai pas vraiment en user au début (mon idée de départ était surtout de parvenir à suggérer un lemon rien qu'en quelques phrases^^) mais que fait Baudelaire dans La charogne sinon du chantage à sa bien-aimée? ça me paressait trés naturel pour ce personnage là d'arriver à ses fins comme ça en plus...

merci encore!
K21[/i]


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KTL
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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Dim 23 Juil - 13:49

(juste une précision : normalement, il n'y a qu'un seul topic de oneshot par auteur ^^)

J'ai beaucoup aimé. Comme le dit Mogy, c'est profondément différent de tout ce qu'on peut lire, et c'est beau, bien écrit.
Marquant, aussi, je me souviendrai de ce texte.
Le dialogue sonne très juste... je vais lire tes autres écrits *w*

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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Dim 23 Juil - 14:37

Tu écris bien *w*
J'aime beaucoup ^^
Les motivations du personnage principal sont si obscures, et si claires pourtant, c'est tellement humain...
Très beau.

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Lizou
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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Mar 25 Juil - 19:12

Bah dis donc ça c'est du shot original ! @__@'
J'ai beaucoup aimé cette façon d'écrire, sans aucune description, avec un seul dialogue entre deux personnages ^^
Comme KTL, ce récit va me marquer, il est superbe ! Même su je ne suis pas addict du yaoï, j'apprécie beaucoup comment tu as fait tourné les choses.


Bravo bravo !

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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Mar 25 Juil - 20:51

Wahou ! C'est vraiment super bien écrit, je suis chamboulée !
Ces intentions sont dégoutantes mais en même temps très compréhensibles. Cette façon de vouloir la mort de quelqu'un, de se détester pour ça parce que c'est ignoble... Tu la décris vraiment très bien.
Tu as énormément de talent ! Encore bravo, c'est un plaisir de te lire !
Je suis époustouflée ^^
Merci !

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Kestrel21
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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Mer 26 Juil - 19:15

merci à toutes les deux, beaucoup! ça fait vraiment plaisir de voir qu'on est lu, et surtout apprécié!^^ et plus encore que vous trouviez ça original et que ces one-shots laisseront des traces!
(KTL: oui, tu as raison, j'avais un peu oublié mais je vais y remédier! il faudrait que j'arrive à tous les rapatrier mais je ne sais pas trop comment faire pour ne pas perdre mes reviews...^^° si tu as une suggestion, je suis toute ouïe!)
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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Mer 26 Juil - 21:40

^^
Demande à Allie de fusionner les topics xD
Comme ça tu perds rien ^^

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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Ven 29 Sep - 19:36

Titre : Revenir de la gueule du loup
Auteur : Kestrel21
Statut : Achevé
Genre : Anticipation, yaoï, angst…
Disclaimer : Personnages copyright moi, ce possible futur a été imaginé dans une moindre mesure par Nostradamus, remodelé et détaillé à ma sauce. Tous les sigles, alliances et mésalliances mentionnés ne sortent que de mon imagination.
Le titre m’a été inspiré par une chanson de la Rue Kétanou « L’altitude ».


¤

Ce matin-là, un étrange pressentiment avait poussé Lars à ouvrir la fenêtre. Pourquoi aujourd’hui, pourquoi ce jour-là, pourquoi alors qu’elle n’avait plus été ouverte depuis si longtemps ? Il n’aurait su le dire.
Dehors, le ciel était gris, chargé de nuages et il ne pleuvait plus.
Il ne sut combien de temps il resta là, confondu, abasourdi, les yeux écarquillés mais quelque chose remua derrière lui. Il se retourna à peine, apeuré par sa découverte et par les conséquences qu’elle entraînerait irrémédiablement. A nouveau ce même bruit, qu’il identifia comme un froissement de drap.
Javier bougeait trop pour être réellement endormi, n’est-ce pas… ? Il hésita à peine et claqua le volet avec brusquerie, comme s’il avait voulu par ce geste effacer la vision de ce ciel redevenu clément. La chambre fut de nouveau plongée dans l’obscurité et, à tâtons, il reprit sa place contre le corps nu de l’homme.

¤

Lorsque Javier Camàra et Lars Ohlen se rencontrèrent, ils décidèrent d’un commun accord que la meilleure chose à faire était l’amour.
C’était à Libreville, dans le Gabon de l’EFC (1), en juin 2047, dans un petit hôtel déserté depuis des lustres.
Et dehors, il pleuvait.
Comme il pleuvait depuis alors plus d’une vingtaine de jours, sur l’ensemble du globe, rendant les jours indiscernables des nuits.
Lars ne savait plus depuis combien de temps il avait échoué dans ce petit bâtiment sobre et sans éclat, où le nombre de chambre se comptait sur les doigts d’une main, isolé comme seul pouvait l’être l’unique survivant d’une catastrophe écologique.
Et dehors, derrière le rideau de pluie sans cesse plus dense, ce n’était guère plus que silence. Lorsqu’à présent il lui arrivait de songer à cette période qui avait précédé l’arrivée de Javier, il n’aurait pu dire depuis combien de temps il n’avait plus réellement aperçu un être humain.
Sans doute ne saurait-il jamais ce qui poussa Javier Camàra a pousser la porte de ce petit boui-boui obscur, sans luxe ni charme. Peut-être paraissait-il, vu de l’extérieur, plus habité… Malgré le fait que son unique locataire tint davantage du spectre que d’un véritable être humain.
Lars se souvenait parfaitement de ce jour, où la porte s’était soudain ouverte sur cette silhouette haute et ruisselante de pluie. Il se souvenait avoir descendu quatre à quatre l’escalier, alerté par un bruit suspect. Ils s’étaient alors longuement dévisagés l’un l’autre, s’étaient étudiés, jaugés des yeux, le front plissé, cherchant à la manière des animaux de déterminer le degré d’hostilité de l’intrus.
Puis, comme si cet échange pourtant dénué de chaleur avait permis de faire ressurgir leur véritable nature, ils s’étaient avancés puis étreints, un geste finalement tellement empli d’humanité que chacun avait eu envie de pleurer.
Mais très vite, autre chose les avait ému. Cette soudaine proximité, celle d’un corps fait de chair qui respirait et vivait comme le leur. Une sensation qu’ils avaient oublié et qu’ils avaient à présent la possibilité de redécouvrir. Ce qui devint brusquement le premier impératif.
Leur unique échange oral fut pour se nommer l’un l’autre, et à nouveau ils se jaugèrent et s’étudièrent, non plus des yeux mais des mains, dans le lit de la chambre numéro trois.
Pourquoi donc ceci ? Pourquoi avaient-ils ressenti ce besoin irréfrénable ? Parce qu’une telle rencontre entraînait-elle forcément un pareil besoin d’intimité ? Parce qu’il s’agissait là de l’antidote au terrible isolement dont ils avaient souffert ? Comme si cet acte était un prélude de l’oubli nécessaire à leur survie… ?
Où tout simplement parce qu’ils s’étaient plu ?
Lars redécouvrit ces réveils qu’il appréciait tant, avant. Ceux où il ne se réveillait pas seul tel un gisant sur son tombeau, broyé par la réalité et au bord de mourir de solitude.

Javier ne sut jamais s’il eut préféré que Lars soit une femme. A vrai dire, cette question l’effleura à peine car malgré ses bientôt 40 ans et la position qui avait jadis été la sienne, les femmes n’avaient jamais afflué autour de lui.
Les hommes pas davantage, même jamais. Cette expérience dans la chambre numéro trois fut une première pour lui.
Lars, lui, savait pertinemment qu’il avait été ravi que Javier soit un homme. Il était en effet plus que probable qu’il n’eut pas ressenti ce si vif désir de ne plus faire qu’un avec l’inconnu dans le cas contraire. Sa première et à ce jour sa seule expérience de l’autre sexe ne lui avait pas laissé un très bon souvenir.
Et lui aussi, malgré la célébrité bancale dont il avait pu jouir, le lit de son grand appartement de Stockholm avait peu eu l’occasion de voir défiler des corps.

Par la suite, ils ne parlèrent pas. Ce mutisme avait de quoi étonner à la vue de leurs conditions respectives. Lars n’avait tenté aucune question sur ce qu’il pouvait bien se passer au dehors, Javier n’avait pas fait qu’il lui aurait permis de savoir ce que cet homme étrange faisait là, errant seul dans cet hôtel obscur, à la manière d’un revenant. Aucun d’eux ne semblait vouloir faire connaissance au delà.
Le langage du corps était jugé bien plus probant et sincère et le prénom était la clef du cœur et de l’âme.
Aucun des deux n’avait de toute façon jamais été très bavard, le silence avait toujours été un appréciable compagnon et à présent, ils en avaient un autre, qui leur ressemblait et sa présence muette et pourtant si significative était le meilleur des réconforts.
Lars n’aimait guère parler, sans doute était-ce pour cela qu’était si tôt apparue son affinité avec l’écriture.
Et Javier n’aimait plus parler. Il avait à présent la sensation d’en avoir trop dit durant sa vie et particulièrement ces dernières années et que cela n’avait jamais été un bienfait, pour personne.
Le silence que tout deux entretenait était empli de secrets et de non-dits. Voilà encore une des raisons qui les poussait à se taire, car de choses graves ou plus anodines mais qu’ils préféraient taire, leurs deux vies semblaient n’être faites que de ça.
Et pour une raison encore obscure à l’époque de leur rencontre, la dernière chose qu’ils désiraient était que leur nouveau compagnon pose sur eux un autre regard. Un regard qui jugerait, qui condamnerait peut-être… Si loin de celui si plein d’humanité et de désir qu’ils commençaient à aimer.
S’ils ne se parlaient pas, c’était aussi parce que le regard était capable de tout dire, de dire ce que des mots n’auraient pu exprimer que maladroitement, même pour un conteur aussi doué que Lars.
Les regards suffisaient en somme parfaitement, surtout pour formuler ce qui revenait le plus souvent lors de leur tête-à-tête aussi intenses que muets : « Merci. Je ne suis plus seul. »

En d’autres circonstances, aucun des ces deux hommes ne se seraient sans doute jamais rencontré. Aucun des deux n’avaient d’ailleurs jamais entendu parler de l’autre, ce qui n’avait au fond rien d’étonnant, surtout dans le contexte actuel.
Ne serait-ce que leur origine semblait devoir empêcher une réunion, et ce n’était pas qu’une question de géographie.
Même si ils venaient respectivement de deux pays aussi éloignés que la Suède et la Colombie, si opposés de part leur Histoire, leur régime, leur économie ou les espoirs de leur population. Aussi différents qu’ils l’étaient sans doute eux-mêmes, différences atténuées par leur condition et oubliées grâce au silence.
Le hasard, pour une fois, avait semble-t-il bien fait les choses. Mais une question demeurait et lorsque l’un d’eux prenait soudain une expression à la fois pensive et abattue, qu’un pli soucieux barrait alors son front, l’autre devinait immédiatement qu’il tentait d’y répondre.
Et si, au fond, tous ces évènements, tous ces dangers, tous ces morts même avaient pour finalité leur rapprochement, la découverte de la personne qu’ils cherchaient depuis si longtemps… Etait-ce alors réellement condamnable ?
Oui, bien entendu, il était impossible d’oublier ce qu’il s’était passé, plus encore d’approuver et pourtant, le doute persistait.
Et si tout cela n’avait au fond existé que pour permettre leur rencontre… ?
C’était une réflexion aisément qualifiable de kafkaïenne et c’était aussi pour cela que Lars l’appréciait. Car en plus d’être son écrivain fétiche, l’auteur du Procès n’avait-il pas été un grand visionnaire, décrivant dés 1914 la première guerre mondiale, la révolution russe, le stalinisme et le nazisme ?
Son affinité avec l’écrivain Tchèque était d’ailleurs l’une des raisons qui l’avaient amené à se retrouver ainsi, contraint à se cacher, isolé et coupé du monde d’une façon qu’il avait crû irréversible.
Tout ça parce que lui aussi, quelques années plutôt, avait eu cette prescience, cette vision d’un avenir d’autant plus terrible qu’il était proche et inévitable.
Sa seule erreur avait été d’en faire part au public en publiant son écrit. Il avait pensé rencontrer peu de résistance de la part des maisons d’éditions malgré le sujet traité. Etant depuis peu classé parmi les écrivains « à succès », les publicistes lui faisaient généralement les yeux doux pour acquérir les droits sur ses productions.
Et pourtant, il avait dû exercer une pression de tous les diables sur les épaules du directeur de l’une d’elles afin d’avoir ce qu’il désirait. Le fait que cet homme ait fait partie de ses anciennes conquêtes n’avait d’ailleurs pas été étranger à son choix. Il avait vu juste car l’affection que lui portait encore celui-ci avait sans doute pesé sur la balance.
« C’est bien parce que c’est toi, Lars. Je n’aurais accepté ça de personne d’autre… Mais attend-toi à des ennuis, c’est un vrai brûlot ! » avait-il déclaré, tel un conseiller de Louis XVI devant le Mariage de Figaro. L’étincelle qui mettrait le feu aux poudres…
Mais l’écrivain avait persisté, s’était accroché et l’autre avait fini par lâcher prise. Lorsqu’il y repensait à présent, à la lumière des évènements qui avaient suivi, Lars reconnaissait que, tout entier à son exaltation qu’il était alors, il n’avait guère songé aux conséquences.
Les remous que son livre engendra dés sa publication fin 2040 ne tardèrent pas à franchir les frontières de la Suède et à s’ébruiter chez ses voisins occidentaux. Et dans cette Union Européenne naguère si prometteuse où le militarisme faisait désormais office de religion d’état, il n’avait pas été très bien accueilli.
Tout simplement parce que dans les hautes instances, on savait pertinemment qu’il ne se trompait pas.
La censure affûta ses ciseaux, le livre fut interdit à la vente, plusieurs autodafés furent organisés dans divers pays d’Europe mais la psychose était là, elle couvait dans les esprits tandis que les exemplaires rescapés se passaient sous le manteau.
Mais tout ceci n’était au fond qu’un aspect d’une affaire plus sinistre encore et Lars n’avait finalement fait qu’exprimer à haute et intelligible voix ce qui ne se disait qu’à mots couverts.
La planète paressait au bord de l’implosion et les prémices de quelque chose d’innommable se faisaient sentir.
Jusqu’à ce que les prévisions du Suédois commencent à se réaliser, avec la première et non des moindres manifestation de la désagrégation de la fragile paix désirée mondiale. L’alliance en 2042 de trois Etats bientôt au sommet de la hiérarchie internationale, le détrônement sur le plan économique de l’Europe et des Etats Unis d’Amérique n’étant depuis longtemps plus qu’une question de temps.
La Russie, la Chine et la Corée Réunifiée, s’y étaient ajoutés certains petits pays dont le poids était dérisoire et dont l’espoir était de profiter durablement de la protection des trois géants, tels que les anti-démocratiques Laos et Birmanie.
L’Alliance de l’Est, c’est en ces termes qu’on la nommait, certains pays invités à la rejoindre, tels que l’Inde, le Japon ou Taiwan avaient préféré opter pour une prudente neutralité et d’autres à qui rien n’avait été proposé craignaient maintenant pour leur survie.
A l’image de la Mongolie, du Népal ou du Kazakhstan, enclavés qu’ils l’étaient entre deux des trois monstres et qui ne feraient certainement pas un pli si une attaque leur était destinée.
Le Vieux Continent et l’Amérique du Nord, qui avaient préféré fermer les yeux sur les signes avant-coureurs, persistaient dans l’idée que tout allait pour le mieux. Mais personne n’était dupe et le service militaire fut progressivement remis au goût du jour, entre autres réformes du même acabit tandis que l’on évoquait non sans frémir l’aide précieuse de la Corée à ses alliés de l’Est dans la course à l’arme nucléaire.
Et cela ne semblait aller qu’en s’aggravant alors qu’une nouvelle rumeur ne cessait de s’amplifier. A ses dires, les Emirats Arabes Unis, l’Iran, l’Irak et même la Turquie, éconduite depuis trop longtemps par l’Europe, grattaient à la porte de l’Alliance de l’Est.
Aucune information ne filtrait sur leur acceptation en son sein mais l’aide appréciable de l’Iran désormais équipé de la bombe atomique serait sans doute pris en compte avec sérieux.

C’était ce contexte sordide et tout ce à quoi il avait mené que Javier et Lars essayaient d’oublier, à la fois l’un prés de l’autre et chacun de leur côté, ce pourquoi ils se trouvaient là.
Lars parce qu’il en avait trop souffert. Javier parce qu’il en avait trop profité, la force de caractère nécessaire pour dire non à tous ces excès lui ayant toujours fait cruellement défaut.

¤

Quelque chose n’allait pas ce matin-là, sans que Javier put définir avec certitude de quoi il s’agissait.
Lorsqu’il avait ouvert les yeux ce matin-là, il avait comme d’habitude cherché des mains le corps de son amant et l’avait découvert assis sur l’extrême bord du lit, lui présentant son dos courbé, les yeux fixés sur la pénombre.
Javier se redressa, curieux, se rapprocha le plus discrètement possible, tendit la main et la posa sur l’épaule de Lars. Celui-ci tressaillit, du tressaillement de l’homme qui n’a pas la conscience tranquille, son expression était presque apeurée lorsqu’il croisa le regard du Colombien. Javier aurait alors juré qu’il était plus pâle encore qu’habituellement, si toute fois une telle chose était possible.
Lorsqu’il avait aperçu l’écrivain pour la première fois, il avait d’abord crû que celui-ci était malade, tant la blancheur de sa peau lui avait paru inquiétante. Lars était le premier Scandinave qu’il rencontrait et de nombreuses choses dans son apparence trahissait son origine nordique, comme sa pâleur et ses cheveux roux. Au contraire de Javier, dont la peau mate et les cheveux aussi noirs que les yeux annonçaient la parenté en Amérique Latine.
Lars par ailleurs serait passé pour blafard même auprès de ses compatriotes, il était en effet de cette blancheur qui caractérisaient les rats de bibliothèque, signe qu’il avait encore moins eu l’occasion de s’exposer au soleil que ses contemporains, signe probable également d’un manque de sociabilité.
Lorsque ce que l’on savait d’un homme se limitait à son prénom, on était prêt à se raccrocher à n’importe quel petit détail qui pourrait en apprendre davantage.
Lars semblait inquiété par quelque chose qu’il ignorait et il ne le quittait plus des yeux. Puis, sans un mot comme toujours, l’écrivain s’était brusquement retourné pour serrer contre lui son compagnon avec une force qui s’apparentait à celle du désespoir. Javier, étonné, lui rendit néanmoins son étreinte mais ses sourcils se froncèrent alors qu’il considérait la tête du Suédois, comme essayant de deviner ce qu’il se passait à l’intérieur.

¤


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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Ven 29 Sep - 19:38

Lars, au cœur de cet enlacement, ne savait plus. Devait-il faire quelque chose, devait-il se lever et ouvrir la fenêtre, afin que son amant constatât de lui-même la fin du déluge ? Peut-être même pourrait-il le dire… Parler enfin, rompre le silence.
Même s’il avait apprécié au départ leur décision commune de ne prononcer aucune parole, il était sans doute celui qui souffrait le plus à présent de ce mutisme forcé, peut-être parce qu’il avait finalement peu de choses à dissimuler.
Il détestait se dire cela, s’imaginer que Javier s’accommodait de cette situation car elle lui permettait de tout taire de sa vie lui était de plus en plus insupportable. Et Lars avait tellement envie d’entendre sa voix, à nouveau, ne serait-ce qu’un mot…
Les doigts de l’homme brun passaient et repassaient le long de son dos, en un geste immuable, calme et rassurant. Et Lars aimait se les représenter, il trouvait que Javier avait de très belles mains, des mains aux paumes larges et creuses, aux doigts longs et déliés, paraissant solides et équilibrées quoi qu’un peu trop grandes pour sa taille.
S’il le prévenait que la pluie ne tombait plus, il partirait, ça ne faisait aucun doute. Libreville ne pouvait être qu’une escale, en attente d’une autre destination. Khartoum probablement. Il n’était resté ici que parce qu’un nouveau départ s’était révélé impossible.
Le hasard. Tout n’était que hasard dans cet univers. Et même s’il était vraisemblable que cet intermède en sa compagnie avait plu à l’Américain, il leur faudrait bientôt repartir sur des bases plus solides que celle mouvante comme du sable sur laquelle reposait leur relation insolite. Rattraper la réalité, en un mot… Réalité qui signifierait sans aucun doute une séparation.

Penser à cela lui donnait la nausée.

¤

Si il y avait une chose à laquelle Javier ne voulait pas penser, c’était l’avenir. Plus encore que le passé, et comme tel, il ne pouvait malgré tout pas s’empêcher de l’évoquer.
Il aurait dû être à Khartoum depuis longtemps, il le savait mais n’était plus si sûr de vouloir au plus vite gagner la capitale. Il y avait plusieurs raisons à cela, plus ou moins avouables.
L’une d’elle était ces rumeurs qui courraient sur ce qu’il se passait dans l’ancien Soudan, qui ne semblaient fondées sur rien de concret mais qui faisaient immédiatement mourir le désir de s’y rendre.
A ces dires, la fièvre de la révolution avait gagné le pays, le dictateur Iman Lackan chez qui il avait prévu de demander asile venait sans somation d’être exécuté. Le Soudan n’avait jamais connu la république, la liberté d’expression et l’absence de répression. L’espoir d’un gouvernement plus démocratique qui était né lors de la création de l’EFC treize ans plus tôt, fédéré autour de la ville principale soudanaise, avait fondu comme neige au soleil comme le despote s’était contenté d’étendre son empire sur ses voisins, organisant des élections et des plébiscites truqués là où étaient espérées des alliances sous le signe de la confiance et du respect mutuel.
Iman Lackan, semblait-il, n’était plus. Le changement était dans l’air mais personne encore n’était en mesure de dire s’il amènerait la démocratie ou la guerre civile.
Tout cela, Javier l’entendit dés son arrivée à Libreville. Il avait lui-même fuit Bogota quelques heures auparavant, par peur, par lâcheté sans doute également. Il n’avait désormais plus rien à y faire et préférait ne pas songer au sort qui lui aurait été réservé s’il en avait décidé autrement.
Il avait espéré trouver un soutien auprès du dictateur Soudanais et ne savait quel crédit accorder à ces racontars sans doute amplifiés et enjolivés par la distance.
Il n’avait plus su à quel saint se vouer, il décida de se cacher à Libreville, d’attendre. D’attendre quoi ? Que le déluge cesse, que des informations de source sûre lui parviennent ? Rien et tout cela à la fois. Il avait en tout cas longuement erré sans véritable but sous ce déluge d’apocalypse, dans les rues inondées, il avait pénétré dans un hôtel, par hasard, alors que le flot venu du ciel s'accroissait jusqu’à empêcher tout déplacement…
Il avait découvert Lars, Lars qui ne savait rien de lui et qui acceptait son silence.
Non, plutôt qui supportait son silence car il le voyait bien, cet inconnu qui était devenu son amant s’accommodait de plus en plus mal de ce consensus. Le Colombien n’était pas dupe, Lars désirait parler, Lars s’attristait de ce mutisme forcé, tout dans son attitude le prouvait.
A Javier aussi ce silence commençait à peser, l’avouer lui faisait mal mais il aurait tellement aimé que Lars lui parle de lui, de ce qu’avait été sa vie, forcément si différente de la sienne.
Mais ce genre de confession ne pouvait être à sens unique, s’il désirait en savoir davantage sur cet homme pour qui il commençait désormais à éprouver davantage qu’une simple attirance, il aurait fallu que lui-même passe aux aveux. Et c’était au monde la dernière chose qu’il désirait.
Si Lars savait, il le regarderait forcément différemment, et Javier savait d’expérience que bien peu d’humains sur cette terre possédaient la grandeur d’âme nécessaire au pardon.
Il ignorait si le Scandinave en faisait partie mais préférait ne pas prendre de risque. Si Lars savait, si son regard changeait, se détournait, il avait le pressentiment qu’il ne s’en remettrait pas.
Car, et il aurait voulu le lui faire comprendre, l’autre raison qui l’empêchait de rallier son but premier, c’était lui. C’était en pensant à Lars que pour la première fois de son existence, la perspective d’un départ et donc d’une séparation lui faisait presque perdre la raison.
Pour lui qui n’avait connu ce genre de sensation qu’une unique fois dans le passé, qui plus est pour une personne qui n’avait jamais fait que manipuler ses sentiments afin de le faire filer droit, il n’avait pas grande expérience en la matière, une telle réciprocité de sentiment le surprenait réellement. Au point qu’il en doutât.
Qu’espérait-il au fond ? Que Lars se satisferait de cette situation, accepterait un nouveau départ, une renaissance, un passé qui ne compterait plus ? Il faisait sans doute partie de ces gens dont le passé était fait de précieux souvenirs qu’ils ne souhaitaient en aucun cas voir disparaître. Si c’était le cas, rien ne serait jamais possible, il ne pourrait comprendre…
Il détestait par dessus tout tergiverser ainsi. Se rappeler tout cela le faisait se sentir ignoble.
Javier était de ceux à qui la création de l’Alliance de l’Est avait profité plutôt que nuit. L’Amérique du Sud était en effet depuis des années en proie à un désordre indescriptible et la création de l’Alliance de l’Est en 2042, loin de l’atténuer, sembla en renforcer le chaos.
A l’image de l’Afrique Central, de nouveaux états fédérés s’étaient crées, ainsi l’Argentine avait réuni sous de sa coupe l’Uruguay et le Paraguay et parvenait à garder un certain contrôle de l’autorité sans avoir pour autant recours au totalitarisme. C’était une situation privilégiée dans l’hémisphère Sud, et donc rare par définition. La plupart de ses voisins ne possédaient pas cette chance. Les gouvernements se succédaient à un rythme effréné, les coups d’état se substituaient aux coups d’état, la confusion ambiante semblait devoir condamner toute tentative de stabilisation.
La cause en était probablement la peur légitime qu’inspirait les redoutables Alliés de l’Est, partout dans le monde, on affûtait ses armes avec maladresse, un pouvoir fort était de mise, et qui semblait alors incompatible avec le respect des Droits de l’Homme.
Diego Camàra semblait l’avoir compris dés le départ. Diego Camàra était de trois ans le frère aîné de Javier et possédait en sa faveur une intelligence peu commune et un esprit capable d’une logique froide et implacable. Il était l’un de ces hommes qui paressait avoir tout vu et tout compris de naissance. Il aurait pu mettre cela au service d’études brillantes mais son pays natal semblait déjà lors de son entrée dans le second cycle peu propice à l’épanouissement de son intellect. De quelque intellect que ce soit. Si la Colombie avait d’abord été connue dans le monde entier comme l’un des premiers pays exportateurs de drogue, il était à présent célèbre pour son entrée à contre-courant dans la marche à la guerre.
Tandis que la plupart des continents et des pays qui les composaient tablaient sur l’union supposée faire la force, tentaient d’oublier leurs querelles intestines pour faire face renforcés à la terrible Alliance de l’Est avec l’aide de leurs voisins, la Colombie semblait n’avoir que faire la situation internationale. A l’image du Sri Lanka et du Liban, elle s’était en effet scindée depuis de nombreuses années, suite à d’une sanglante guerre civile en deux provinces indépendantes ayant chacune leur propre capitale, Carthagène et Villaviciencio, leur propre gouvernement composé la plupart du temps des membres de guérillas rebelles ayant largement contribuées à ce schisme.
Elles n’avaient pratiquement plus aucun contact les unes avec les autres, la guerre civile eut pu éclater dans l’une sans que l’autre n’en eut rien su.
La famille Camàra était connue pour sa participation active à la vie politique de la province de Carthagène, c’est donc en côtoyant de prés cet univers que grandirent leurs 9 enfants.
Diego en était le troisième et se distingua très tôt de ses consanguins par son intelligence redoutable tout autant que par son flegme à toute épreuve. Quel que soit le chemin que prenaient les évènements, il affichait en permanence un calme imparable et son expression imperturbablement figée dans la plus absolue neutralité impressionnait tout autant qu’elle effrayait.
A l’âge où ses frères et sœurs étaient coutumiers des caprices et des pleurs à la moindre contrariété, il s’était distingué par son sérieux et son imperméabilité totale aux petits désagréments de la vie. Ses parents, au départ fiers de pouvoir présenter un enfant tel que celui-ci, si calme et mature pour son âge, ne tardèrent pas à être alarmés par cette attitude. Car Diego semblait si peu vivant, et surtout si méprisant pour le monde et les personnes qui pouvaient l’entourer, comme en témoignait son regard, empli de dédain et presque de répugnance pour tout ce qu’il rencontrait, que les personnes qui le côtoyaient se sentaient soudain ridicules et hideuses, comme un ramassis de cafards répugnants.
Il n’avait pas à l’école le moindre ami, les autres enfants le fuyaient comme la peste mais il ne s’en était jamais plaint et cela semblait ne lui inspirer que la plus totale indifférence.
Mais il ne s’était jamais plaint de rien, ne s’était jamais enthousiasmé pour la moindre petite chose et l’indifférence semblait être le seul sentiment qui l’ait jamais habité.
Tout du moins en donnait-il l’apparence. Car ses contemporains, loin de le laisser froid, lui inspiraient au fil des années de plus en plus de mépris et d’aversion. Le fait que sa famille fut très engagée politiquement lui fit progressivement prendre conscience du délabrement sans limite de l’être humain et de son pays natal en particulier. Il ressentait le désir de plus en plus gigantesque de pouvoir crier tout haut son aspiration au changements et aux réformes et même si l’heure semblait être à la liberté d’expression à Carthagène, sa voix n’aurait de toute façon jamais été entendue. Cette certitude le mettait hors de lui et s’imaginer que toutes ces personnes qu’il côtoyait de prés ou de loin se complaisaient dans l’ignorance et la passivité lui était de plus en plus insupportable.
Les nouvelles de ce qui se tramait là-bas sur le front Est éveillaient étonnamment peu son intérêt, jusqu’à ce qu’il comprenne à quel point le rôle de cette Alliance serait considérable dans les années à venir et surtout la manière dont cela lui permettrait de mener à bien le projet qui dans sa tête d’homme de 35 ans achevait de mûrir…
Le temps passant, ses rapports avec ses proches, loin de s’améliorer, semblèrent s’envenimer. Ainsi il apparut que la plupart de ses frères et sœurs, même ses aînés, étaient mal à l’aise en sa présence, voir même réellement terrifiés pour ce qui étaient des plus jeunes. Ses parents eux-même ne parvenaient pas à voir en lui autre chose qu’un animal dangereux, diaboliquement intelligent, un bâton de dynamite prêt à exploser à la moindre occasion et qu’ils avaient bien du mal à considérer comme leur fils. Cela n’inquiétait pas Diego outre mesure, cela l’amusait même, de s’apercevoir qu’il parvenait par sa seule présence à produire sur ces proches cet effet dévastateur. Cela ne pouvait à l’avenir que servir au mieux ses desseins. Mais cela l’isolait cependant cruellement et quoi qu’il n’ait jamais eu besoin de l’affection de quiconque, il ne se voilait pas la face. Car mener à bien ce qu’il avait en tête nécessitait un comparse, quelqu’un qui éprouverait de l’admiration pour lui, n’aurait surtout aucune velléité de discuter ses ordres, à la fois crédule et influençable.
Il découvrit cet acolyte désiré en la personne de Javier, son frère cadet de trois ans. Le seul de ses frères qui semblait à la fois le craindre et l’admirer. Diego le percevait à son regard et Javier savait que son aîné le voyait différemment pour cela. Comme si cette attraction répulsion que Diego lui inspirait le rendait différent aux yeux de son frère aîné. Ce fut sans aucun doute cette soudaine prise de conscience qui fit basculer Javier. Son frère, dont l’intelligence n’avait d’égal que la froideur, il était important pour cet être-là, il ne le laissait pas insensible.
C’était tout à fait l’effet que Diego escomptait produire, il ne s’était pour cela aucunement restreint quant aux signes extérieurs d’affection envers son frère. Et cela avait fonctionné, au delà même de toutes ses espérances. Le sentiment au départ trouble que Javier nourrissait à son égard céda la place à une émotion limpide comme de l’eau de roche. De l’amour, presque de la vénération. Javier prenait conscience que s’il n’existait plus pour son frère aîné, il n’existait plus du tout. Il aurait été prêt à le suivre jusqu’au bout du monde mais Diego ne lui en demandait pas tant. Qu’avait-il à faire du bout du monde, les anciennes frontières colombiennes lui suffisaient amplement et c’est là qu’il décida de concentrer tous ses efforts.
Réunifier ce pays où il avait vu le jour, refaire de Bogota une capitale influente, fédérer un peuple sous une même et commune identité. Et sous un même chef, bien entendu…
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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Ven 29 Sep - 19:41

Ils parcoururent alors le pays durant des mois, parlant et apprenant par là même l’art de la rhétorique, de la séduction. Ils rallièrent derrière eux avec une facilité déconcertante les mécontents, les nostalgiques, les malchanceux, les rêveurs. Ils se firent accepter, se firent aimer. On aimait le charisme et l’apparent détachement de Diego, on aimait la manière dont lui et Javier semblaient indissociables, on aimait la verve de Diego, ses projets qui paressaient grandioses, l’avenir que l’on entrevoyait radieux dans ses paroles. Lui qui n’avait auparavant inspiré que de la méfiance, voir de la peur à ses contemporains, il découvrait soudain que l’on pouvait concevoir pour lui de l’amour. Et cette perspective l’enivra plus que de raison, faisant redoubler son ardeur et désespérant Javier, qui voyait l’affection de son frère lui échapper, s’éparpiller avec le nombre grandissant de ses partisans.
Certains cependant aimaient moins la violence latente qui transparaissaient trop souvent derrière ses propos, ni la manière dont de plus en plus de gens suivaient à l’aveugle les deux frères, mais la plupart se contentaient de songer que ce n’était au fond que de la jalousie.
Les discours révolutionnaires de Diego attisaient de plus en plus de flammes, des braises se remettaient à rougeoyer là où il n’y avait jadis que des cendres. On avait confiance, on était prêt à tout.
Dans la province de Carthagène comme dans celle de Villaviciencio, ils avaient leurs partisans. Ce qui finit par inquiéter l’homme qui siégeait alors au palais de Villaviciencio, où avait été restauré une sorte de royauté depuis le schisme de 2013, dont le tenant du titre, sans aucune légitimité, tirait les rênes avec maladresse. Il voulut envoyer des troupes pour arrêter ces importuns dont la popularité ne cessait de croître mais comme jadis en Russie, elles se lièrent à la foule, clamant le nom de Camàra. Diego était parvenu à les convaincre qu’ils en avaient plus qu’assez de ce petit tyran minable dont la plus grande gloire avait été faire augmenter la taxe sur la culture de la coca.
Et la plupart l’avait suivi, sans y réfléchir à deux fois. Le monarque abdiqua sans condition sous la menace d’une révolution qui lui coûterait sa tête. Et la place vacante ne tarda pas à trouver preneur…
Diego s’y installa avec la bénédiction de la ville entière, Javier fut nommé d’office premier conseiller. On s’en étonna, lui qui avait juré de promouvoir la république… Mais on se convainquit rapidement que Diego savait ce qu’il faisait, on avait de toute façon du mal à s’imaginer qu’il puisse agir en fonction de ses seuls intérêts personnels.
Ce fut pourtant ce qui se passa. L’armée que Diego avait rallié à lui presque aussi facilement que la population, et qui végétait depuis des années en s’accommodant tant bien que mal de jouer la police, trouva définitivement son maître en la personne de l’aîné des Camàra.
Qui persuada sans mal le général de brigade vieillissant Don Alirio Moscote de lancer une offensive sur la province de Carthagène. Celui-ci avait en effet très mal vécu le schisme colombien et la période de stagnation qui avait suivi sous l’égide du tyran minable et sans envergure qui les avait gouverné durant presque 30 ans. Les idées de Diego, son dynamisme et son désir de réunification le séduisirent d’emblée. Ce fut dés lors un jeu d’enfant.
Le 28 septembre 2037, l’armée de Diego, guidée par Don Moscote, entra en territoire carthaginois. Une semaine plus tard à peine, ils pénétraient dans la capitale.
La surprise avait été totale et n’avait laissé aucune place à la réflexion et à l’organisation nécessaire à la défense, Diego ayant avec justesse tablé sur l’impossibilité de communication entre les deux états pour produire un tel effet.
Et cela fonctionna, au delà même de ses espérances. Trois jours plus tard, Javier lui-même, Diego derrière lui observant chacun de ses mouvements, logea une balle dans le dos du président de la république Prudencio d’Amaranta, au moment où celui-ci tentait de s’enfuir par la fenêtre de sa chambre.
Bogota fut réinvestie en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. La frontière entre Carthagène et Villaviciencio tomba dans le même temps.
Le premier clash eut lieu lorsque leur père, dont la maison avait été incendiée (volontairement ou non…) par l’armée levée par ses propre fils, se rendit furibond à la maison présidentielle réquisitionnée.
Diego le laissa entrer par principe mais n’entendit rien aux plaintes de son géniteur, qu’il ne considérait déjà plus comme tel. Etonnement, le fait de se sentir aimé comme il l’était de sa population lui avait fait perdre toute notion d’humanité. Pour autant qu’il n’en eut jamais possédé.
Il avait en tout cas adoré voir son père tenter de masquer la terreur que lui inspirait son propre fils, au point qu’il en termina avec sa diatribe en quémandant timidement un poste ici sous son joug.
La seule et unique chose qui eut pu empêcher Diego d’en finir avec lui aurait été la présence de sa mère, qu’au fond de lui il avait toujours aimé. Mais il apprit à cette occasion qu’elle était morte quelques semaines plus tôt, victime d’une chute dans un escalier.
Il concéda l’hospitalité à l’auteur de ses jours et envoya Javier dans sa chambre, armé du même revolver qui lui avait servi à en finir avec Prudencio d’Amaranta.
Et il continua, jusqu’à ce que tenir une arme et en user devienne pour lui une seconde nature.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Javier ne cessait jamais de songer que le monde pouvait se vanter d’avoir de la chance. Car lorsque l’Alliance de l’Est déclara, le 22 mai 2046 la guerre à l’ensemble de l’Occident, tout ceci semblait voué à se terminer au plus mal. Une bombe sale explosa plusieurs jours plus tard dans le métro parisien, une autre presque simultanément dans une rue de Los Angeles. Les victimes furent malgré tout peu nombreuses mais ce n’était qu’un avant-goût déjà particulièrement morbide de ce qui se préparait. L’Alliance de l’Est faisait volontairement filtrer différentes informations, de sources toutes aussi diverses sur l’endroit où se produirait la troisième explosion atomique de l’Histoire.
Canberra, le 23 juillet à neuf heures, non, New Delhi, le 24 à vingt et une heures… Rio de Janeiro, le 5 août à dix-huit heures… ? Les pièces s’assemblaient sur le jeu d’échec et la menace que représentait l’incertitude planait sur l’ensemble d’un camp, qui songeait déjà à organiser les représailles. L’explosion du conflit était imminente autant qu’inévitable et c’est la ville tanzanienne de Dodoma qui en subit la première les terribles dommages, le 3 septembre à onze heures. Le nombre de victimes furent innombrables, la ville séchée sur pied.
Dans l’urgence, la ville chinoise de Dunhuang fut choisie pour la riposte le plus arbitrairement du monde et sans doute eut-elle explosé si la Chine n’avait pas une journée avant la mise à feu déclaré quitter l’Alliance de l’Est et se retirer du conflit. L’incompréhension fut totale, autant du côté de ses alliés que de ses ennemis. Une nouvelle Drôle de guerre vit le jour, la terreur succéda à un soulagement que l’on avait deviné de courte durée. C’était impossible, cette reddition n’avait aucun sens, cela ne pouvait que laisser supposer que quelque chose de pire encore se tramait dans l’ombre.
L’absence totale d’information sur ce que tout ceci pouvait bien signifier ne faisait qu’augmenter la psychose. Mais les jours, les semaines passaient sans que rien ne s’échappe des frontières de l’Empire du Milieu, que ce fussent bonnes ou mauvaises nouvelles. Le pays s’était fermé, mis lui-même en quarantaine et les raisons en apparurent plus tard, non pas de l’initiative chinoise, mais grâce à la petite île indonésienne de Lombok, qui comptait entre autre un certain nombre de ses ressortissants.
Des témoignages de familles dont certains membres étaient demeurés au pays mais aussi et surtout des Chinois ayant passé la frontière pour les rejoindre, emportant avec eux ce qui tenait davantage de la malédiction que du phénomène naturel.
Allait ainsi pouvoir se propager l’une des plus violentes pandémies des siècles passés, présents et futurs. Sa voie de transmission virale avait la force de l’évidence mais le temps de deviner comment limiter les dégâts, elle envahissait progressivement et avec une effarante rapidité le continent asiatique et océanique. Dans l’urgence, les scientifiques s’attelèrent à son identification et la réaction brutale de fermeture de la Chine au reste du monde parût alors on ne peut plus évidente. Les dirigeants Chinois, retirés à Pékin, qui se devaient de rendre des comptes à présent que ce nouveau fléau avait entériné le premier, avouèrent n’avoir pris aucune conscience de l’ampleur de cette maladie qui sévissait déjà dans les campagnes puis avait gagné les villes et la Cité Interdite en l’espace d’à peine quelques mois.
Trop occupés à servir les desseins expansionnistes de son gouvernement, le président de la République Populaire déclara à reculons n’avoir rien vu des souffrances et rien entendu des cris désespérés de sa population si nombreuse. Aucun signe de repentance ne fut visible dans ses paroles, ce qui choqua l’opinion publique occidentale mais n’arrêta pas pour autant l’effroyable machine.
Car le 14 novembre 2046, D6G20, connu également sous le nom de « fièvre incarnate » (2), débarqua sur le continent noir. Le premier cas fut repéré à l’Est, dans la ville de Djibouti. Le premier ici d’une longue série, la continuité d’une autre, plus interminable encore…

Depuis Bogota, Diego suivait cela d’un œil indifférent, Javier et lui continuant sans plus de soucis leurs exactions, persuadés comme tous les chefs d’Etat du continent américain être protégés dans une moindre mesure par les deux océans qui les encerclaient. La quasi totalité des vols d’avions ayant été annulé pour éviter au virus d’envahir le territoire, on se croyait à l’abri mais aucun pays n’était suffisamment équipé pour se suffire d’un régime autarcique… Il fallut se résoudre à réimporter des produits. Peut-être après tout les produits alimentaires ne risquaient pas de transporter le virus… Même si par mesure de prévention, les produits asiatiques furent boudés.
Cela bien entendu ne suffit pas. Le premier cas de fièvre incarnate fut repéré au Mexique. Dés lors, l’expansion ne connut plus de frein. De même qu’elle avait gagné l’Europe plusieurs semaines plus tôt, la maladie ne semblait pas désirer s’arrêter. Même si l’Europe, l’Amérique du Nord, le Japon et d’une manière générale les pays qui possédaient sinon les moyens d’enrayer la pandémie, au moins la possibilité de lui éviter de s’étendre de manière totalement incontrôlée affichaient un chiffre moindre de contaminations et surtout de morts.
Ce n’était hélas pas le cas de la plupart des états, auxquels la situation, de plus en plus dramatique au fil des jours, échappaient complètement, faute de renseignements et surtout d’argent.
Le virus ne fut pas long à atteindre la Colombie. Faute de mieux et comme presque partout dans l’hémisphère Sud, les rues ne désemplissaient plus de brasiers allumés à la hâte pour brûler les cadavres, la fumée épaisse, âcre et pestilentielle devint presque une habitude respiratoire. Les familles éplorées (elles étaient sans cesse plus nombreuses) désirant rendre à leurs morts un dernier hommage en étaient empêchées, parfois violemment. Les combats de rue étaient de plus en plus fréquents et on ne pouvait guère plus réprimer l’escalade de la violence que celle de la maladie.
Malgré les efforts déployés par la milice de Diego, ou peut-être à cause d’elle, le mécontentement et la peur s’amplifiaient, l’explosion était imminente.
Le 4 mars 2047, Javier tenta de convaincre son frère d’abandonner le pouvoir et de gagner l’EFC avec lui, et profiter de leur appui politique à Khartoum. Diego refusa avec son habituel flegme mais le poussa néanmoins à partir. C’est donc la mort dans l’âme que Javier s’envola seul pour Libreville.
Le 5 mars, une foule de manifestants de tout âge et de tout sexe envahit les rues de la capitale et se fraya un chemin jusqu’à la résidence des deux frères. L’empêcher d’en forcer l’entrée demeurant un vœu pieux, Diego bien que sachant pertinemment le sort qui l’attendait, laissa faire. Il n’avait de toute façon plus aucune raison d’espérer, le diagnostique de son médecin personnel ayant été formel quelques jours auparavant. Entre mourir de la fièvre incarnate ou debout contre le poteau d’exécution, il ne savait trop que choisir. On le séquestra, on le jeta en prison en attente de son procès. C’est là qu’il s’éteignit, rongé par la maladie, le 12 avril.
C’est ainsi que la régence des frères Camàra s’arrêta, sans plus de raison qu’elle n’avait commencée.

¤

Javier en venait à souhaiter que cette maudite pluie ne cesse jamais plus. Elle s’abattait sans distinction sur l’humanité, la libérait de ses pêchés tout autant que de ses cadavres, grossirait les océans, les transformeraient en charniers, changeraient les forêts et les plaines en marécages boueux, les déserts les plus arides en prairie luxuriantes.
Ce petit hôtel était leur Arche, à lui et Lars. Si la pluie cessait, il lui faudrait le quitter…

Où était Lars ? Javier ressentait à cette minute le terrible besoin de le prendre et de le serrer brutalement contre lui, de toutes ses forces, comme pour conjurer son absence future.
Il allait se lever du fauteuil dans lequel il s’était terré des heures durant, la tête entre les genoux, ressassant de sombres pensées, dans l’obscurité de la chambre numéro trois.
Des bruits de pas lui firent lever la tête avec espoir, il distinguât la silhouette connue de son amant, qui lui parût comme floue, troublée par la distance pourtant réduite, comme s’il s’apprêtait à tout instant à disparaître.
Il voulu faire un geste, une invite de la main, un simple sourire, n’importe quoi. Mais il n’y parvint pas et se contenta de le fixer. Il vit Lars s’approcher, de plus en plus prés, s’immobiliser en face de lui. Puis, sans que rien ne prémédita son geste, il commença à ôter ses vêtements.
Naturellement, sans ne rien faire de plus pour rendre ce moment plus érotique, sans même regarder Javier. Mais celui-ci le regardait, de tous ses yeux qui perçaient à présent l’obscurité aussi sûrement que ceux d’un chat. Il aurait même aimé à cet instant n’être plus qu’un œil immense, un organe oculaire suffisamment gigantesque pour ne rien perdre de ce moment, un de ceux qu’il passerait et repasserait dans la lanterne magique de son esprit sans doute jusqu’à la fin de ses jours.
Une fois nu, l’homme roux s’approcha plus prés encore et se coula contre le corps du Colombien, chez qui ce contact ne tarda pas à faire naître une érection.
Lars l’embrassa et il y avait comme un arrière-goût de désespoir dans ce baiser. Javier en appréhendait la raison et son cœur se serra douloureusement. Mais bientôt les mains de son compagnon jouaient avec les boutons de sa chemise, avec ceux de son pantalon, sa propre bouche s’amusait maintenant sur cette peau si pâle et il n’y pensait plus.
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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Ven 29 Sep - 19:43

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Javier était endormi, assurément. Lars aurait aimé l’être également mais il n’y parvenait pas.
Le Colombien avait été si doux avec lui, ce n’était certes pas la première fois mais on aurait dit qu’aujourd’hui, l’amour avait transcendé le sexe. Javier avait été si tendre, si prévenant, si aimant que Lars se demanda si il n’avait pas tacitement compris que ce serait la dernière fois.
Il sentait contre son cou le souffle régulier de l’homme et pour la première fois, il osa se demander ce qu’il allait lui-même devenir.
Comment parviendrait-il à rester ici si Javier n’y était plus ?
Partir, alors… Mais pour aller où ? Retourner en Suède ? Il ne le pourrait pas, d’autant qu’il y avait fort à parier qu’on ne l’avait guère oublié. Et comment pourrait-il oublier, lui, s’il revenait sur les lieux de sa régression, de sa déchéance en accéléré ?
Comment pourrait-il oublier son arrestation à l’aéroport de Stockholm, son procès truqué tout autant que médiatisé ? Lui qui n’avait jamais rencontré ses Juges et guère plus son avocat ?
Lui qu’on venait toujours chercher au fond de sa cellule, à heure fixe durant les trois mois où fut réunit le Tribunal, afin qu’il assiste grâce à la télévision du directeur à son propre jugement, sans qu’il y ait jamais participé.
Ce qu’il voyait le laissait toujours suffocant, les interviews si rapides à la sortie des Bureaux de gens tous vêtus de noir qu’il n’avait jamais vu et qui se réclamaient Juge d’Instruction, Avocat de l’Accusation, Avocat de la Défense… Le seul visage familier fut celui de son éditeur, parmi les témoins.
Il assistait, révolté, aux compte-rendus quasi journaliers d’un procès qui n’aurait jamais lieu, puisque le principal protagoniste était condamné d’office. Ce qu’on ne lui démentit d’ailleurs jamais.
Mais l’important, ce n’était pas son salut, c’était que l’opinion publique continue à croire en la Justice, en la capacité du gouvernement de l’Union Européenne à régler les problèmes de façon démocratique. Si la population se désillusionnait, comment parvenir à mener de front une guerre qui paressait désormais inévitable… ?
L’issue du Jugement fut sans appel, Lars fut acquitté, la liberté d’expression était sauve.
Acquitté mais enfermé, isolé à l’intérieur même de la prison. Jusqu’à quand ? Impossible de le dire.
Il y resta deux ans et demi. Le temps que la pandémie n’atteigne l’Europe et ne se propage de manière suffisamment inquiétante pour que les nouveaux arrivants du pénitencier de *** fussent placés systématiquement en quarantaine et les allées et venues surveillées et filtrées.
Un homme qu’il n’avait jamais vu, en uniforme de surveillant lui amena un jour un paquet litigieux contenant une seringue et la lanière de cuir nécessaire aux garrots. Lars la contempla durant de longues heures. On désirait le faire évader, à condition qu’il s’inocule lui-même le virus qu’elle contenait sans aucun doute. Il ne parvenait pas à savoir si le jeu en valait la chandelle. Il ne supportait plus son incarcération, vivre ainsi n’était pas vivre et pourtant, il ne désirait pas mourir.
Et il savait pertinemment que ce virus était suffisamment meurtrier pour étouffer dans l’œuf les intentions belliqueuses de l’Alliance de l’Est, suffisamment contagieux pour paralyser des continents entiers en décimant leur population avec la redoutable efficacité une explosion à l’atome.
Alors en admettant qu’il parvienne à sortir d’ici, ne tomberait-il pas raide mort avant même d’atteindre l’aéroport ?
Tout ceci n’était bien entendu que des suppositions, isolé comme il l’était, Lars en savait trop peu sur cette nouvelle épidémie pour en connaître tous les effets…
Les jours passaient, il ne parvenait pas à prendre sa décision. L’homme ne reparut pas mais un matin, Lars constata en s’éveillant que la seringue avait disparu. Il l’avait dissimulé dans son matelas afin d’éviter d’éveiller les soupçons et l’idée que quelqu’un ait pu la subtiliser sans qu’il n’en sache rien était alarmante. Peut-être même que le virus lui avait été injecté de force, tout semblait alors possible. Son corps ne portait certes aucune trace de piqûre mais il commença à devenir de plus en plus méfiant, à la limite de la paranoïa. Il rêvait la nuit que des silhouettes pénétraient dans sa cellule, l’attachaient à son lit, lui plantaient une seringue dans l’avant-bras. Il s’imaginait ce poison attaquant son système nerveux, paralysant ses membres, ralentissant à l’excès les battements de son cœur. Qu’il crevait là, comme un animal de laboratoire, seul au fond de son cloaque.
Les jours passèrent, d’une lenteur de plus en plus insupportable, surtout pour un homme qui craint et espère à la fois que le pire arrive. Mais ce ne fut pourtant pas sur sa tête que la peste s’abattit.
Mais sur celle d’un autre prisonnier, mit tout comme lui au secret. Lars ignorait tout de son identité, peut-être était-il un critique comme lui, peut-être même un politicien gênant.
Un matin, au travers de la minuscule vitre de sa cellule, l’écrivain vit passer à toute vitesse un curieux équipage, trois gardiens transportant sur un brancard une forme humaine pudiquement recouverte d’un drap. Un personnage les suivaient, vêtu d’une blouse blanche et que Lars identifia comme un médecin légiste en se rappelant malgré la brièveté de leur passage l’immobilité inquiétante de la silhouette, cette inertie que la mort seule confère.
Le bruit courut bientôt que l’un des gardiens avait découvert une seringue usagée sous le lit du défunt. Et le diagnostic ne tarda pas à faire le tour du cercle restreint des détenus alors que tout avait été pourtant fait pour le tenir secret : D6G20, ça ne faisait pas le moindre doute.
On avait prévu un trouble, c’est une véritable panique qui se déclencha. On eu beau tenter de rassurer, bénir la mise à l’isolement du prisonnier, mettre en quarantaine les gardiens qui avaient manipulé le mort et la seringue, rien n’y fit. Et l’ignorance ne faisait que faire augmenter la crainte, le virus demeurait-il actif même après la mort du malade, et contagieux par conséquent ? Et si oui, pour combien de temps encore ?
Le corps du détenu avait de toute façon été brûlé dés sa sortie du pénitencier et on espérait partout qu’il n’y aurait pas d’épilogue. Ce fut le cas durant presque une semaine, jusqu’à l’accompagnement dans une ambulance hurlante de l’un des gardiens, visiblement au plus mal.
Tous les indices de la maladie furent reconnus en hôpital et on découvrit bien vite que l’homme en question avait été le dernier a avoir assisté et nourri le prisonnier mystère, et pas uniquement lui bien entendu, presque la moitié des détenus du pénitencier.
Dans l’instant de la réception de cette nouvelle, la panique vira à la psychose. Alarmés à l’idée de ne pas pouvoir quitter ce cloaque désormais contaminé, la plupart des captifs formèrent une coalition, si forte et si soudée par la peur que personne ne fut capable de leur résister. Pas même le directeur, qui paya de sa vie son entêtement à ne pas vouloir ouvrir les portes de son établissement. On le retrouva raide mort dans son bureau, la tempe ouverte sur un coin de sa table de travail, le corps recouvert de multiples blessures et contusions.
Lars fut ainsi libéré. Ses codétenus débarquèrent un jour dans sa cellule l’avertir que le pénitencier était à présent ouvert. Certains d’entre eux le reconnurent, tombèrent des nues de le découvrir ici, eux qui le croyaient libre depuis si longtemps.
Tous ceux qui le pouvaient partirent, quittèrent la Suède, sous de faux noms la plupart du temps. Lars fut parmi eux. Il songea d’abord s’envoler pour New York où il avait un pied à terre mais il ne voulait pas prendre le risque d’être reconnu par d’autres que ses connaissances. Il élit alors l’Afrique, ce qui lui parut le plus sûr du point de vue de sa fuite. Etant le continent qui avec l’Asie était le plus ravagé par le virus et par ses querelles intestines que la bombe de Dodoma n’avait fait que raviver, prendrait-il réellement la peine de se préoccuper de prisonniers politiques venus d’un continent qui n’avait rien tenté pour les sortir de la crise ?
Il atterrit à Libreville deux semaines après sa délivrance. Le soir où la première goutte d’eau tomba du ciel.

Tout ceci, Lars le revit en l’espace de quelques secondes, une série de flashs rapides, lumineux et discontinus. Il ne voyait pas les yeux de Javier, celui-ci avait niché son visage au creux de son cou, il sentait contre sa peau une respiration égale et sereine.
Si Javier partait, comment allait-il faire… Lui-même ? Au contact de cet homme, il s’était comme senti revivre, il avait sorti la tête de l’eau, était revenu de la gueule du loup. Si Javier l’abandonnait maintenant…
Il le sentit soudain s’agiter, les mains du Colombien bougèrent, semblèrent un instant chercher les siennes puis se posèrent en appui sur le canapé afin de lui permettre de se redresser. Lars, s’en apercevant, ferma les yeux, de toutes ses forces.

Javier contempla longuement le visage de son compagnon, considérant ses yeux clos comme s’il ne désirait plus jamais voir. Et sur ses joues, il y avait des larmes.
Cette vision transperça rudement l’Américain. Sans même qu’il s’en rende compte, ses lèvres formèrent un mot, deux syllabes mais aucun son ne franchit ses lèvres.
« Pourquoi… ? »
- … Il ne pleut plus.
La voix de Lars était très éraillée, ces quatre mots parurent lui coûter un immense effort. Parce que cela faisait trop longtemps qu’il s’était tût, parce que l’émotion lui nouait la gorge, les raisons en étaient diverses.
Javier n’avait jamais tenté de lui donner un âge même s’il ne faisait aucun doute que Lars était plus jeune que lui. Mais à cet instant, l’homme roux lui parut vieux. Vieux et triste, vieux et fatigué.
Et ceci lui fit plus de mal que tout le reste. Ce reste qui n’avait désormais plus la moindre espèce d’importance.
Ainsi il ne pleuvait plus… ? Qu’importe, c’était comme si l’averse se poursuivait à l’intérieur de son corps.
Javier ouvrit la bouche, à nouveau. A nouveau ses lèvres bougèrent mais ses cordes vocales le trahissaient. Pourtant, qu’est-ce qu’il aurait aimé… Aimé parler, aimé Lars, aimé tout court… Et pouvoir le dire.
Son amant venait de rompre sciemment le consensus qui les liait, et venait par cela de lui donner à la fois une preuve d’amour et une condamnation.
Il resta muet, incapable de parler, incapable de penser, il vit Lars s’agiter, se dégager de son étreinte avec une brusquerie qu’il ne lui connaissait pas, se relever pour l’observer.
- Que vas-tu faire ?
La voix de Lars résonna à nouveau dans l’obscurité, tranchante comme un couperet de guillotine, Javier voyait ses poings se contracter pour se détendre ensuite, sans cesse, son visage tiquer et se crisper comme s’il accusait soudain le contre-coup d’une terrible colère contenue depuis trop longtemps.
Javier ne disait toujours rien, plus que jamais il prenait en conscience, la moindre parole lui serait fatale. Mais le besoin de parler le tiraillait douloureusement, insistant au point qu’il se sentait prêt dans son état à y céder à tout instant…
Une détonation brutale, ou tout du moins cela lui apparut comme tel. Un bruit qui ressemblait à s’y méprendre à une balle explosant, et qui résonna aussi fort dans sa tête que s’il avait été placé sur sa tempe. Lars, dans sa fureur, venait d’arracher le volet de ses gonds, la lumière grisâtre des lendemains de pluie se déversait par l’ouverture, faible mais c’était déjà trop pour ses yeux maintenant adaptés à la nuit.
Il n’y avait pas un souffle d’air, de lourds nuages s’amassaient encore devant le soleil sans pour autant parvenir à masquer son indiscutable présence. Javier aurait aimé ne pas avoir subir cette vision, qu’il aurait voulu pouvoir refermer cette maudite fenêtre dont les lattes disjointes gisaient à présent sur le plancher, refermer cette fenêtre sur un monde encore noyé de pluie et continuer de vivre sans penser à l’avenir dans cet arche, dans cet oasis de noirceur et de silence… Avec Lars, sans passé ni avenir, rien que pour ce présent qu’il aimait tant maintenant qu’il était perdu, n’avoir pas à subir de séparation. N’avoir pas à vivre la chute du monde tel qu’il l’avait toujours connu, auquel il n’avait pas pu s’empêcher malgré tout de croire. Ce qui l’avait perdu.
- Tu ne dis rien…
La voix du Scandinave était d’une dureté qui n’avait d’égale que sa froideur. Javier baissa les yeux de honte, Lars s’approcha et le frappa si fort que la peau du Colombien se fendit et laissa échapper un filet de sang, qui s’écoula le long de sa joue et vint goûter sur le plancher inégal.
Javier accusa le coup, songeant qu’il le méritait et que plus rien désormais n’avait d’importance.
Qu’à cause de ce silence qu’il avait crû rédempteur, il avait perdu Lars. De ce fait, s’était perdu lui-même.
- Pourquoi… ?
Il y avait des sanglots dans la voix de Lars, que Javier ne vit pas, se sentant trop misérable pour oser lever les yeux vers lui, même pour la dernière. Sans mot dire, comme toujours, le Colombien se leva, passa la main sur sa joue, ramena devant ses yeux ses doigts rougis de sang qu’il contempla pensivement durant quelques secondes.
Puis, la tête baissé, il passa la porte de la chambre numéro trois, celle-là même où ils s’étaient aimés pour la première fois et fut presque tenté de s’arrêter pour attendre.
Pour attendre qu’il se passe quelque chose, que Lars fasse un geste, n’importe quoi pour le retenir.
Mais il devinait par avance qu’il ne se passerait rien, aussi ne ralentit-il même pas son allure, il s’engagea dans le couloir puis dans les escaliers, achevant d’y éparpiller les lambeaux de son cœur.
Une surprise l’attendait au rez-de-chaussée, qu’il n’avait que brièvement traversé lors de son arrivée avant de gagner l’étage, cet étage qu’il avait espéré ne pas devoir quitter et surtout pas ainsi, pas de cette manière-là…
Il n’avait même pas songé à redescendre alors, pourquoi puisque les maigres réserves entassées dans l’hôtel en cas de siège depuis l’explosion de la bombe de Dodoma se trouvaient dans une soupente, puisque même quitter des yeux son amant lui était au fil des jours devenu insupportable ?
L’eau avait envahi le large hall, éventrant la porte et les fenêtres les plus basses pour se frayer un chemin.
Javier en avait jusqu’à la taille, il zigzagua au milieu de débris flottants comme des poissons morts, les chaises, les objets usuels qui n’avaient pas été emportés par le courant.
Il avait si mal qu’il ne ressentait plus rien, exilé, il s’exilait. Quitter la Colombie, quitter son pays natal, quitter Diego même, ce qu’il avait ressenti alors en délaissant tout cela n’était rien en comparaison du mal qui le tuerait sans doute, dés l’instant où il passerait la porte…
Pour son malheur, il ne mourut pas. Dehors, l’avenue était devenue fleuve, rendu placide par l’arrêt de ces maudites pluies, des dizaines et des dizaines d’objets de toutes les tailles et de tous les usages surnageaient sur son lit, venus des bâtisses vidées par l’inondation.
Un cadavre gonflé d’eau, rendu méconnaissable passa prés de lui, le visage tourné vers le ciel redevenu clément. Javier ne put s’empêcher de songer qu’il n’était pas si différent de ce noyé, lui aussi était perdu à présent, voué à la dérive.
Il se retourna, examina le petit hôtel à la façade miteuse, se souvint combien il était amoureux et combien il était trop tard.
Il passa à nouveau une main sur sa joue, la plaie saignait toujours. Il en fut content et espéra en garder une cicatrice.
Car l’oublier, oublier tout ce que cela représentait serait se mentir à lui-même.
De même qu’en guérir serait l’enterrer.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤
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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Ven 29 Sep - 19:44

« Quoi ? Tu veux mourir ? Mais que d’orgueil, c’est désolant… Tuer les morts est une perte de temps… Tu guériras, c’est un cadavre qui te le dit… »
Voici ce que pensait Lars en s’écroulant sur le sol comme si ses jambes ne le soutenaient plus, il tomba et resta ainsi, les bras en croix, les yeux clos, tel un gisant sur son tombeau, broyé par la réalité et au bord de mourir de solitude.

¤ ¤ ¤ ¤ ¤

Javier gagna Monrovia en une semaine, s’envola pour Buenos Aires où il ne put qu’avoir idée de l’ampleur du désastre. Pratiquement un tiers de la population mondiale avait été décimée par le virus le plus virulent qu’on jamais vu sur une telle échelle. S’y ajoutait les victimes innombrables de Dodoma, passées et futures. Le bilan humain avait de quoi glacer le sang mais l’Histoire paraissait close.
Le Déluge était passé, il avait emporté avec lui les erreurs, les remords, les cadavres infectés que l’on avait pas pu brûler. Il autorisait une nouvelle renaissance…
Une politique de l’oubli s’installa alors progressivement. Il en fut de même que pour Noé, les survivants bénirent l’Arche qui les avait abrité des catastrophes et toute l’Histoire de l’humanité antérieure à 2047 fut noyée dans les océans.
A ce titre, Javier décida d’abandonner le patronyme de Camàra, porteur de trop de souvenirs pour son propre bien, au profit du nom de jeune fille de sa mère, Melquiadès.
On perd dés lors sa trace. Durant les cinq années qui suivirent, plus personne ne fut en mesure de témoigner de ce qu’il advint de lui.
Sans doute voyagea-t-il, pour se fuir lui-même, une raison qui prête à penser qu’il ne remit jamais les pieds dans ce qui restait de son pays natal, où il avait vendu son âme au Diable.
Guère plus que dans cette petite province oubliée du monde et de l’ancien EFC, où il l’avait définitivement perdu.

Lars, quant à lui, sut se faire oublier. Tant est si bien que l’on eût pu le croire mort si certains témoins n’affirmaient pas l’avoir aperçu de retour en Europe.
Sans doute s’insurgea-t-il contre ce tacite désir d’oublier, sans doute désira-t-il ardemment se faire le témoin des atrocités du XXIème siècle car qui mieux qu’un écrivain l’eut pu ?
Mais plus aucun livre ne parût sous son nom, peut-être même vivait-il la difficile perte de l’inspiration, comme on sent mourir un être cher pourtant déjà bien loin de vous…
Face aux cinq ans de silence qui suivirent, nous n’en sommes réduits qu’aux suppositions, à la merci des probables égarements inhérents au chaos suivant les catastrophes planétaires.

Le 14 avril 2051 cependant, parut en France aux éditions Sang d’Encre un roman d’abord destiné à passer inaperçu, malgré les antécédents de son auteur et la perte de vitesse alarmante de l’édition partout dans le monde. Le titre français en était « Revenir de la gueule du loup », son auteur, Lars Olhen. Livre qui quatre ans plus tard devait se voir octroyé le prix Pulitzer, il y était narré les pérégrinations douloureuses d’un Chilien pris dans la tourmente de la précédente décennie. Son nom était Javier Alguidar.
Sans doute son histoire parvint-elle entre les mains de son quasi homonyme au moment où cette publication commença à faire grand bruit et sans doute fut-il le seul à deviner que l’un des détails les plus marquants des aventures de son double de papier n’étaient pas pure fiction.
Tout du moins tenta-t-il de s’en convaincre car après tout, ce prénom n’avait peut-être été choisi par Lars que par pur hasard. Peut-être même lui avait-il été inspiré par un autre Javier qui malgré leur parenté patronymique lui serait à jamais étranger… Bien des choses pouvaient changer en l’espace de cinq années et sans doute était-il l’un des rares êtres humains à qui le retour de la paix avait fait perdre ses illusions et sa rage de vivre.
Sans doute aussi lire ce livre qui attestait de la survie de Lars lui fit reprendre cet espoir qu’il pensait avoir réussi à enfouir. Et probablement encore un petit entrefilet de journal attira un jour son entière attention. La mention du festival littéraire de Budapest où de nombreux auteurs marquants ne manqueraient pas de dédicacer leurs dernières œuvres aux amateurs. Parmi une dizaine d’autres noms dont la notoriété lui avait jusque là été épargnée, un seul retint son attention.

Dés lors on le retrouva, errant dans la capitale hongroise, trépignant, se rongeant les ongles ou au contraire hagard, perdu, le regard vide, assis comme assommé sur un banc public, un exemplaire corné du livre de Lars entre les mains, le caressant même parfois de manière absente comme un chat à faire ronronner.

¤

Lars levait à peine la tête, ne cherchant même pas à croiser le regard des visiteurs du Salon venant quémander une signature auprès de lui. C’était la première fois que Javier le voyait depuis leur aventure gabonaise 5 ans auparavant et contenir son émotion lui fut difficile. Lars avait assez peu changé, outre ses joues qui s’étaient irrémédiablement creusées et sa tête, rasée où ne subsistait plus guère qu’un petit duvet roux.
Javier lui tendit un fois son tour venu son propre exemplaire, ses mains frissonnant à peine et l’autre y apposa machinalement sa signature puis, comme pris d’une soudaine inspiration, proposa une légère variation au rituel.
- A quel nom ?
Comme cette situation lui parût surréaliste !
- Javier Melquiadès.
L’autre releva alors brusquement la tête et lorsqu’il croisa le regard du Colombien, il lâcha son stylo-plume qui de dépit laissa baver son encre sur la page de garde.
Les yeux bleus de Lars brillaient toujours de cet éclat presque surnaturel que d’aucun eut pu trouver sinistre mais qui pour Javier l’illumina. Il avait toujours été fasciné par eux, et à cet instant, il était captivé par la foule de sentiments disparates et contradictoires qu’il voyait s’y presser.
Lars semblait beaucoup trop estomaqué pour parler et Javier à nouveau ne le désirait pas, il se contenta donc avec un petit sourire sans malice de désigner une cicatrice très fine sur sa joue gauche. Lars semblait s’être enraciné à sa chaise, il semblait même éprouver des difficultés à respirer.
Une femme derrière Javier manifesta alors son ire par des coups de coude répétés dans le dos de Javier, Lars sembla soudain se ressaisir, se saisit de son stylo et inscrivit rapidement quelque chose d’autre sur la page de garde. Quelque chose qui ressemblait à une heure… Et à une adresse…
Puis, les yeux baissés, il repoussa le livre jusqu’à l’extrême bord de la table. Javier eut voulu se saisir plutôt de cette main, pour la tirer, pour l’embrasser peut-être…
Il attrapa le livre, le cala sous son bras et quitta la salle.
Pour de bon cette fois.
En attendant le soir…
Le soir où il pourrait enfin parler, parler et par ce chemin effacer ses hontes, ses regrets…
En attendant la vie…

FIN.


J’aurais pu être assez vache pour finir sur un non happy-end… Je sais que j’aurais pu… Mais trois mois sur le même one-shot, ça laisse des séquelles, je ne pouvais pas les laisser finir comme ça…

Quelque chose de décidément très nouveau pour moi, pour une fois qu’ils ne passent pas 18 pages à blablater, j’espère que l’exercice n’a pas été trop mal négocié…

Ah, aussi, si j’ai passé sous silence les problèmes environnementaux, les avancées technologiques et tout le bataclan général, c’est parce que je voulais en priorité me concentrer sur la géopolitique, ce qui m’a déjà paru épouvantablement lourd à traiter. Je souhaite donc que cette omission n’ait pas nuit au réalisme…

Review ?

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1) Etat Fédéral Centrafricain, capitale : Khartoum.
2) Noms choisis de façon totalement aléatoire !
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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Dim 8 Oct - 23:18

O.o
o.O
O.O

... Waouh!!!!
*cherche ses mots*

eh ben, tu nous a encore fait une histoire completement atypique!!! Bon, je vais essayer de te dire en vrac tout ce que ce texte m'a inspiré, mais je risque d'oublier des trucs...
D'abord, cette situation de 2 hommes qui ne connaissent que leurs prénoms, et qui font l'amour plutot que de parler est completement surréaliste. Et pourtant, comme toujours avec tes textes, on y croit... Ca parait logique et profondément humain, cet amour qui s'installe sans une parole, tout comme leur compréhension mutuelle semble bien meilleure en n'étant pas parasitée par des mots.
Ensuite, le contexte de ton histoire... Il m'a fait peur par son réalisme. Tu t'es basée sur la géopolitique actuelle pour imaginer l'évolution de la Terre dans les décennies à venir, et c'est malheureusement très - trop - réaliste. Que ce soit l'alliance de l'Est ou les réactions de l'Europe et des autres pays, ton scénario est hélas tout à fait plausible selon moi, même si j'espère qu'il ne se produira jamais. La seule chose un peu moins réelle selon moi, c'est cette pandémie. En effet, même si c'est un risque possible dans les années à venir (on l'a bien vu avec le SRAS et la grippe aviaire), comparé à la guerre et à l'escalade de la violence que tu décris, cela me semble beaucoup moins réel... Peut-etre aussi que ca faisait trop de catastrophes d'un coup pour que cela me semble crédible... Et puis j'ai un peu eu l'impression que tu sortais cette épidémie de ton chapeau car tu n'avais pas d'autre moyen pour mettre fin au conflit mondial... Tout comme le déluge, d'ailleurs.
En fait, je crois que le contexte général dans lequel tu as placé tes personnages m'a beaucoup plus interpellée que l'histoire elle-même, ce qui fait que je n'ai pas grand chose à dire sur la révolution menée par Javier et son frère en Colombie, ou sur le procès factice de Lars... J'étais plus interressée par les évenements que par leur histoire personnelle, même si je suis contente d'avoir eu un happy end ^^
En même temps, même si la fin est heureuse pour Javier et Lars, la réaction générale de la population est là encore très alarmante... Cet oubli volontaire est probablement la pire des réactions après ce type d'évenements, et pourtant c'est ce que l'on rencontre le plus... Il est tellement plus confortable d'oublier, même si cela permet la répétition des erreurs...

Bref, c'est ma réaction à chaud que je te livre, mais merci beaucoup pour ce texte, il m'a fait réfléchir à pas mal de choses. Pour moi, excepté l'histoire de Javier et Lars, c'est une vision très noire de l'avenir que tu nous montres là. Et bien que je la pense un peu pessimiste (du moins je l'espere), elle me semble malheureusement bien plus proche de la réalité qu'un avenir de paix et de petits zoziaux qui chantent...

En espérant pour que l'avenir te donne le moins possible raison, et que tu continues à nous pondre ce type de merveilles

Kisus
Mogy

édit: Je ne m'etais pas rendue compte que ma review était si longue XD... Comme quoi, ton texte m'a vraiment fait réfléchir et donné envie de réagir ^^
Maintenant, il faut que je trouve le temps et le courage d'aller relire l'absent depuis le début pour enfin savoir la fin... Promis, je te ferais une review quand je l'aurais lu ^^

édit2: Et voilà, je me lève ce matin, et j'apprend que la Corée du Nord a fait un essai atomique, et qu'une journaliste russe qui dénoncait le régime de Poutine a été assassinée... et ton histoire me revient en pleine figure...
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MessageSujet: Re: Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup   Lun 9 Oct - 15:40

...
dire que ton message m'a emballé est faible! surtout que je doutais et je craignais vraiment que ça ne plaise pas, trop long, trop irréaliste, trop ou pas assez tellement de trucs. mais il faut croire qu'histoire longue appelle long commentaire, je suis vraiment ravie de voir que ça t'ait marqué à ce point!
c'est trés différent de ce que j'ai l'habitude d'écrire (et même de lire parce que bon, l'anticipation en général, c'est pas trop mon truc...), vraiment, je me suis mise à sauter sur mon siège en lisant tout ce que tu m'as dis!^^
pour ce qui est de la pandémie, je peux voir c'est vrai que ça fait un peu solution de secours mais bon, je voulais tout de même respecter la prédiction de Nostradamus au moins dans les grandes lignes vu que c'est l'entendre qui m'a donné cette idée!
merci en tout cas pour cette longue review!
K21
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Kestrel21 } Revenir de la gueule du loup

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