kira >>> Merci^^ !
Onyx >>> XDDD Merci quand même !!! XD
Bon voilà un autre oneshot^^, c'est la 2e version : je crois qu'elle est plus réussie que la première que je ne mettrais donc pas^^ !
Tous les personnages sont à moi^^ !
Sara
ou
je ne saurais jamais
Je me jette sur mon lit, en riant. Je suis heureuse ! La vie est tellement extraordinaire. Qui aurait pu croire que nous nous rencontrerions ?! Et que nous nous aimerions ?!
Je roule de bonheur sur mon drap. Mais quelque chose me ramène à la dure réalité. Quelque chose qui s’est coincé sous mon dos. Mon voile. Il glisse, découvrant mes longs cheveux noirs.
Ma mère choisit cet instant pour entrer dans ma chambre. Elle regarde, ahurie, choquée puis avec tendresse ma chevelure décoiffée et mon voile par terre. Elle s’approche doucement, ramasse le tissu bleu nuit et le réajuste sur ma tête.
- Voyons Sara, je t’ai déjà dit qu’à ton âge, les jeunes filles ne devait pas quitter leur voile. C’est Allah qui l’a voulu ainsi.
- Je sais maman, mais il est tombé tout seul…
- Mmm…
Je détourne la conversation.
- Qu’est-ce que tu voulais me dire ?
Ma mère hésite. Ca ne lui ressemble pas. D’habitude nous n’avons pas de secrets l’une pour l’autre. Je la regarde attentivement. Elle est encore si jeune, si belle. Elle a un peu plus de 30 ans. C’est peut-être cette proximité d’âge qui nous rend à ce point complice.
Elle se décide enfin à parler.
- Sara… Tu as 16 ans. Tu es notre seule enfant à ton père et à moi. Tu sais… combien d’hommes aimerait t’épouser… de part ta jeunesse et… notre richesse…
Elle s’interrompt.
Je la regarde sans comprendre. Mes pensées tourbillonnent à toute vitesse. Je n’arrive à réfléchir qu’à des choses futiles. Père… qui travaille au gouvernement. Et qui n’a que moi comme héritière. Et avec moi… mon futur mari.
Mon…mari… Pourquoi ma mère me parle de ça maintenant ? Je n’ai pas encore l’âge… n’est-ce pas ?
Une petite voix dans ma tête me dit que si. Que la plupart des filles de 16 ans sont déjà mariées. Que j’y ai échappé juste grâce au statut de mon père. Que ma mère elle-même a été mariée à 15 ans.
Maman reprend la parole.
- Sara… nous t’avons trouvé un époux.
Mes yeux doivent refléter ma peur car elle me prend dans ses bras. J’ai soudain envie de vomir.
Ce n’est pas possible ! On n’a pas le droit de m’obliger à épouser un homme que je ne connais pas. Je ne veux pas, je ne peux pas… Et puis, il y a… lui…
Je repousse ma mère. Non, ce n’est plus ma mère. C’est un monstre. Un monstre qui va me donner à un inconnu.
Je m’effondre sur mon lit. Les larmes coulent toutes seules. Je n’arrive plus à les retenir. J’entends ma mère qui se dirige vers la porte. Avant de sortir, elle me glisse quelques mots d’une voix dure, résignée :
- C’est ainsi, Sara.
******
Ce soir, je ne suis pas allée manger avec mes parents. Je ne veux pas les voir.
J’ai pris ma décision. Je vais aller le retrouver. Quels qu’en soient les risques.
******
Il est 23 heures. Mes parents dorment dans la chambre d’à côté. C’est le moment ou jamais pour moi. Car si je reste, ils me confineront à la maison en attendant que j’aille habiter avec mon… « fiancé ». J’ai vu mes deux meilleures amies disparaître comme ça.
A l’évocation de leur souvenir, je me sens plus forte. Il faut que je réussisse… pour David.
Je me faufile par la fenêtre. Ma chambre est au rez-de-chaussée. Je sors dans l’air frais de la nuit, traverse le jardin. Je sais que je dois pas me faire prendre sinon… je n’ose même pas imaginer. Mais je fais la même chose depuis 6 mois pour aller le retrouver. J’ai l’habitude… de m’enfuir telle une voleuse.
Je marche dans la rue, sans faire de bruit. Le couvre-feu a déjà été donné il y a 2 heures. Je ne croise donc personne.
Je remets mon voile droit sur ma tête, comme pour me fondre dans la nuit. Je suis essoufflée. Je m’arrête. Tout est silencieux. Et là seulement, je prends conscience que j’ai peur. Affreusement peur. Le silence est oppressant.
Je me reprends ma route. Au bout de quelques minutes, je quitte la ville et continue mon chemin par les champs. La partie la plus difficile de mon périple commence ici. Je m’approche des gardes, de l’armée.
De la frontière. Qui sépare deux pays pourtant si semblables. Israël et Palestine. Deux pays qui ont les mêmes racines. Qui s’entre-déchirent. Depuis si longtemps. A cause d’une vieille histoire dont personne ne se rappelle. On se bat au nom de la religion. Et on tue des centaines de gens qui demandent juste à vivre normalement.
Tout d’un coup, je me mets à détester ce voile qui recouvre ma tête et mon visage. Ce voile et ces milliers d’autres choses qui me séparent encore de David. Je me mets à haïr mes parents, ces soldats qui mènent une guerre « sainte », mon pays.
Je refoule ces pensées au fin fond de ma tête et recommence à courir. David doit m’attendre à l’endroit habituelle comme tous les soirs. C’est toujours lui qui prend le plus de risque. Toujours lui qui traverse la frontière. Clandestinement.
Je me dirige vers une vieille grange abandonnée, à 2 km de la limite de mon pays. C’est dangereux, je le sais. Mais je n’ai rien à perdre.
Il est déjà là. Je me retiens de sauter de joie. Je cours dans ses bras. Mon soulagement est tel que je n’arrive pas à articuler un seul mot. Je sanglote frénétiquement, mon visage dans le creux de son épaule. Nous restons un long moment ainsi, chacun dans les bras l’un de l’autre.
Puis il rompt le silence :
- Sara, nous devrions… arrêter de nous voir.
Je lève mes yeux vers lui, ébahie.
- Qu…quoi ?!
- Sara, tu sais combien, je tiens à toi.. Eh, bien, si on nous trouve ensemble… on t’accusera de « traîtrise » avec l’« ennemi » et… on nous tuera. Moi, je m’en fous mais je ne veux pas que tu meures !!
Il semble sincère ; ses yeux brillent de passion –ou de rage. Raison de plus pour que nous ne nous séparions pas.
- Sara, me supplie-t-il, s’il te plait… réfléchis… ça ne nous mènera à rien… juste à la mort…
Il a tellement envie que je vive. Et moi, je ne veux pas qu’il meurt par ma faute. Alors, j’abandonne mon projet de lui parler de mon futur mariage. J’abandonne l’espoir de m’enfuir avec lui. De l’aimer.
Je ferais tout pour lui. Même le quitter. Pour toujours.
- D’accord, dis-je en refoulant mes larmes, mais sache… que je ne t’oublierai jamais.
Au moment où je prononce ces mots, quelque chose meurt en moi. Une partie de mon âme. Ou… de mon cœur.
Je l’embrasse.
Puis, je rentre chez moi en courant. Je ne me retourne pas. Sinon, je ne résisterai pas à l’envie de rester avec lui. Au bout de 15 minutes de course, j’arrive enfin en ville. Je ne me soucie plus de ne pas faire de bruit. Tout ce qui compte, c’est de mettre le plus de distance entre moi et mon premier amour. Le simple fait de penser à lui réussit à faire couler mes larmes. J’essuie mes joues mouillées.
Je remonte prestement dans ma chambre. Et je me jette sur mon lit. Comme le matin même. J’ai du mal à croire qu’il y’a à peine quelques heures, j’étais la plus heureuse fille du monde. Et que je riais de joie. Maintenant, je pleure comme je n’ai jamais pleuré. De souffrance. De regret. De lâcheté. De ne pas avoir été capable de lui dire non, pour rester à ses côtés.
Qu’est-ce que je raconte ? Si j’étais restée, il serait mort. Je m’oblige à penser que j’ai fait le bon choix. Mais au fond de moi, je me demande… et je me demanderai toujours… est-ce que je n’aurais pas mieux fait de mourir heureuse que de vivre une vie de remords ?
Je ne saurai sans doute jamais. Comme je ne saurai jamais ce qu’il est devenu.
C’est ça le pire. Ne pas savoir.